La taille douce, ipréserver plutôt que massacrer

Vous avez une passion pour les arbres, à l’évidence…
J’ai toujours été passionné par les arbres. Leur majesté, leur force et leur longévité m’ont toujours inspiré un grand respect.

Quel regard portez-vous sur certaines pratiques actuelles dites radicales et qui perdurent ?
J’ai un regard négatif sur toutes les formes de taille radicale parce qu’elles font souffrir l’arbre, le mettent en danger et le détruisent à plus ou moins long terme. Considérablement affaibli, il devient sensible aux attaques parasitaires.
En fait, l’homme taille l’arbre en fonction de ses propres besoins sans prendre en considération ceux de l’arbre, lequel n’est plus considéré comme être un vivant mais comme un mobilier urbain. Ces pratiques radicales correspondent à d’anciens usages jamais remis en question. C’est un très mauvais investissement sur le long terme pour la vie de l’arbre mais aussi financier pour ses propriétaires car l’élagage doit être effectué très souvent.
Il faut refuser les exigences des clients et prendre le temps de leur communiquer une autre façon d’aborder la gestion de l’arbre.

En quoi consiste le diagnostic d’un arbre avant intervention ?
Tout d’abord, un diagnostic visuel. Je regarde l’état sanitaire général de l’arbre, s’il est sain ou non : présence de cavités, de champignons, de traces d’anciennes mauvaises coupes…
Ensuite, son environnement, sa situation : site remarquable ou classé, proximité d’un bâtiment, emplacement insolite, puis son histoire. En fonction de ces données, on peut établir un diagnostic cohérent, en harmonie avec l’arbre et ses besoins.
Une intervention sur un arbre n’est pas toujours nécessaire ni systématique.
La taille douce est une philosophie de travail qui se résume à la suppression du bois mort pour des raisons de sécurité ou éventuellement d’esthétisme, de branches concurrentes ou ayant un mauvais ancrage ou bien encore présentant certaines anomalies. C’est à nous de nous adapter à l’arbre et non le contraire.

La “taille douce” a-t-elle tendance à se développer ?
La taille douce se développe très lentement, trop lentement ! Il existe peu d’authentiques puristes, fidèles au principe de la taille douce. Plusieurs raisons expliquent cela : des critères financiers, des maîtres de stage insuffisamment professionnels mais aussi certaines écoles formatrices qui ne jouent pas leur rôle car prônant elles-mêmes la pratique de tailles radicales. La taille douce demande une grande sensibilité et une grande droiture pour résister à l’appât du gain. Cette fidélité dans ma ligne de conduite professionnelle m’a ouvert de formidables horizons et m’a permis d’établir des rapports privilégiés avec une clientèle qui se compose de particuliers, de collectivités, de parcs et châteaux, de l’État (parc de l’hôtel Matignon), me permettant de mettre en pratique mes convictions et mes compétences.


*[L] arbre labellisé | [m] arbre ayant reçu une mention spéciale du jury

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Interview de M. Bruno Decelle, élagueur-grimpeur, spécialiste de la taille douce.

Frêne commun à Urville-Nacqueville. [m]*
La silhouette et l’architecture de l’arbre ont été conservées (hiver)

Frêne commun à Urville-Nacqueville. [m]*
La silhouette et l’architecture de l’arbre ont été conservées (été)